Batman, Superman, Wonder Woman… En dépit d’un succès fulgurant dans les kiosques américains, leurs aventures sont brûlées en place publique dans les années 1950. Pourquoi ? Parce qu’ils exerceraient une influence néfaste sur les jeunes esprits influençables…
Berlin, mai 1933. Des brasiers gigantesques s’élèvent au cœur de la capitale allemande, projetant des ombres inquiétantes autour de la place de l’Opéra. Des ombres démesurées, monstrueuses. Les nazis fraîchement élus ont ordonné de rassembler tous les titres représentant « l’esprit non allemand » et de les brûler en place publique. C’est chose faite. Des flammes de plusieurs mètres de haut lèchent les reliures de Freud, Einstein, Hugo, Hemingway… « Contre la décadence et la déchéance morale ! » vocifère un étudiant en livrant une dizaine de manuscrits au bûcher.

La scène est tragique. Jeter un livre au feu tient déjà du geste meurtrier. En cette nuit impitoyable, ce ne sont pas seulement les mots, mais bien la connaissance, la tolérance et l’humanité qui se consument. Les colonnes de cendres grises tourbillonnant au-dessus de la place de l’Opéra seront bientôt supplantées par la fumée des crématoires… On aurait pu croire que l’épouvantail nazi servirait d’exemple. De repoussoir. Pourtant, les flammes des autodafés ne s’éteindront pas avec l’armistice : quinze ans après la fatidique nuit berlinoise, une nouvelle rumeur d’incendie pointe… de l’autre côté de l’Atlantique. A Pendleton, Los Angeles, Auburn, Buffalo, Memphis, Indiana, les flammes dévorent de nouveaux titres entre 1948 et 1954. Sauf que ce ne sont plus les œuvres « non allemandes » qui sont persécutées, mais de purs produits américains. Au milieu des pages noircies, on distingue des costumes moulants, quelques onomatopées… et le visage brûlé de Superman.
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