L’Histoire (Timbrée) de La Poste à Travers Le Monde

Les Égyptiens avaient leurs cavaliers colportant les papyrus officiels, les sultans leurs pigeons voyageurs, et les Américains leurs coursiers mi-facteurs mi-cowboys… De la Rome antique aux e-mails, l’histoire des postes est surtout le récit d’inventions ingénieuses et d’aventures palpitantes.

Lettres de noblesse

Dans la marche parfois chaotique du progrès, les systèmes postaux sont longtemps restés rudimentaires. Les Égyptiens du Nouvel Empire, les Perses du VIème siècle avant J.-C. et plus tard les Romains – forts d’un réseau routier extrêmement dense – missionnaient dès l’Antiquité des courriers cavalant à dos de cheval, de mule ou de dromadaire pour colporter les nouvelles fraîches et les messages urgents. (Certains changèrent le cours de l’Histoire.) A l’époque, on pouvait parcourir entre 75 et 150 kilomètres par jour, dépendant de l’état des chemins, de l’âge de la monture et des aléas de la route (embuscades, accidents, météo).

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Le réseau routier romain (cursus publicus), particulièrement dense, permettait une rapidité de livraison qui ne sera égalée qu’au 19ème siècle.

Mais ce système postal est surtout réservé à l’aristocratie et aux décisionnaires. Qui plus est, en l’absence d’autorités centrales dans des nations aux contours mal définis, il n’émerge pas de système harmonisé chapeauté par une institution spécifique (c’est seulement en 1538 que le monarque anglais Henry VIII dotera sa Cour d’un « Maître des Postes »). En conséquence, d’autres solutions se font jour : les sultanats orientaux se couvrent de pigeonniers, les signaux de fumée et de feu perdurent sous les latitudes isolées, et les abbayes se chargent de la correspondance ecclésiastique.

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Jean Miélot (1420-1472), prêtre copiste, traducteur et écrivain. (Source: Wikipedia/Domaine public)

Et les particuliers ? Jusqu’à la Renaissance, il est commun pour un quidam de confier sa missive à un illustre inconnu – fût-il marin, « roulier » ou simple voyageur de passage – seulement parce qu’il chemine dans la direction générale du destinataire. Inutile de dire qu’un certain nombre de messages n’atteignaient jamais leur destination : si une information capitale devait circuler, autant faire soi-même le déplacement pour la transmettre de vive voix…

Bougez avec la poste !

Il faut attendre le XIXème siècle pour que l’âge postal prenne véritablement son envol. En Angleterre, d’abord, avec le premier train postal (1838) qui précède l’invention du timbre-poste (1840) – le fameux « black penny » à l’effigie de la Reine Victoria. Désormais, c’est l’émetteur qui paye en achetant son timbre, tandis qu’auparavant la facture arrivait en même temps que la missive, proportionnelle à la distance parcourue par l’agent des postes.

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La réforme est astucieuse : avant cela, des petits malins se transmettaient des enveloppes vides mais dont l’adresse manuscrite (ordre des mots, taille des caractères…) dissimulait des informations conformément à un code convenu à l’avance. Il suffisait au destinataire de déchiffrer d’un coup d’œil le message et de refuser la lettre, sous prétexte que l’enveloppe était indéniablement vide !

Si les délais de transmission n’ont pas explosé depuis l’Antiquité – une lettre peut parcourir jusqu’à 120 miles par jour (200 km) en Angleterre dans les années 1820 –, cela n’a pas empêché le système de s’institutionnaliser sur le Vieux Continent. Le Royal Mail britannique est ouvert au public depuis 1635. Mais le tissu urbain est dense, et les superficies relativement restreintes, ce qui facilite les choses. Un problème tout autre se pose aux États-Unis d’Amérique…

Chevauchées américaines

Outre-Atlantique, c’est l’appât du gain qui motive les innovations postales. La Ruée vers l’Or, qui déferle sur la Californie à partir de la fin des années 1840, ouvre des perspectives d’avenir à l’Ouest. Trois entrepreneurs (ils se nomment William Russell, William B. Waddell et Alexander Majors) décident d’établir un relais postal révolutionnaire entre le Missouri et la Californie : le Pony Express. Exit la lenteur des diligences et les lourds sacs de courrier ! Les cavaliers (qui doivent peser moins de 57 kilos pour être recrutés) ne portent qu’une sacoche pouvant renfermer neuf kilos de missives. Un revolver et une outre d’eau complètent leur équipement sommaire…

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Publicité pour le Pony Express, 1861. (Source: Smithsonian National Postal Museum via Wikipedia/Domaine public)

L’objectif principal, c’est la vitesse ! Changeant de cheval tous les 150 kilomètres environ, les messagers du Pony Express mettent en moyenne 10 jours pour avaler les 3000 kilomètres du trajet. (Le record est détenu par un certain Robert « Pony Bob » Haslam, qui transportera le discours inaugural de Lincoln en 7 jours et 17 heures !) Les moyens de transport traditionnels essuyaient au moins 25 jours de trajet sur la même distance…

Malgré ses performances décoiffantes, le Pony Express est un véritable gouffre financier. Seize mois seulement après son lancement, ses fondateurs mettent la clé sous la porte de l’étable, en octobre 1861. Entre embuscades indiennes, folles chevauchées et Colts fumants, les aventures palpitantes du relais postal resteront gravées à jamais dans l’imaginaire western…

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Les lettres distribuées par le Pony Express étaient exposées à bien des menaces : on peut lire sur cette enveloppe « récupéré dans du courrier volé par les Indiens en 1860 ». Cette missive n’arrivera à son destinataire que deux ans après son envoi… (Photo: Smithsonian National Postal Museum via Wikipedia/Domaine public)

Nouveaux mess@ges

A partir de la fin du XIXème siècle, la rapidité des cavaliers est devenue obsolète. Le monde découvre l’avion, le train et l’automobile : le muscle devient mécanique. Le progrès technique et la spécialisation des tâches permettent un immense gain de temps : la poste aérienne, expérimentée en montgolfière lors du Siège de Paris en 1871, se développe au début du XXème siècle. L’ancêtre de l’Aéropostale voit le jour en 1918.

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Durant le siège de Paris, en pleine guerre franco-prussienne, trois millions de lettres sont expédiées en affrétant pas moins de 64 montgolfières. Léon Gambetta, ministre de la guerre, montera à bord de l’une d’elles pour tenter de rassembler une armée et libérer la capitale. (Peinture de Jules Didier et Jacques Guiaud, 1872, Musée Carnavalet, Paris).

Désormais harmonisés nationalement – la plupart sont des monopoles publics – puis internationalement, les réseaux de poste ont à peine eu le temps de s’en réjouir : concurrencés par les messageries en ligne, ils sont aujourd’hui privés de courrier. Et si l’instantanéité des e-mails est pratique, on ne pourra nier que ces derniers manquent de romantisme par rapport à ces lettres qui fuyaient, à dos de cheval, dans le panier d’une montgolfière ou le ventre d’un sous-marin, guidées par le hasard et l’aventure.

 

 


Bibliographie

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