Hérétiques, immoraux, pornographiques… Pendant plusieurs siècles, les livres illicites ont été conservés à l’abri des regards, reclus dans des sections spéciales des bibliothèques appelées « Enfers ». Reportage.
Dans les coulisses de la Bibliothèque nationale de France (BnF) plane une atmosphère de secret. Car il existe un endroit où les œuvres dites « contraires aux bonnes mœurs » viennent s’échouer, loin des regards indiscrets : « l’Enfer ». En parcourant ses rayonnages, on comprend pourquoi ces textes ont été mis à l’écart : Le Sermon joyeux d’un Dépucelleur de Nourrices, Le Triomphe de la Fouterie, Le godmiché royal ou encore Le Bordel patriotique semblent destinés à un public averti… Comme si leur lecture, assimilée à une forme de transgression, pourrait vous conduire tout droit au royaume de Lucifer !
C’est au XVIIe siècle que les bibliothèques françaises commencent à se doter d’une réserve de livres illicites. Il en existe une au couvent des Feuillants, à Paris, qui abrite les traités de théologie protestante bannis par l’Église catholique. A la Bibliothèque royale (ancêtre de la BnF), c’est un certain Nicolas Clément qui s’occupe du classement méthodique des livres imprimés. Il sépare alors les textes selon leur contenu, leur attribuant une cote spécifique. Ainsi les livres relayant la doctrine catholique sont séparés des ouvrages réformistes (protestants, luthériens et calvinistes) tandis que les « ouvrages licencieux », à caractère érotique ou pornographique, sont éloignés des romans inoffensifs.
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