La Véritable Histoire des Dalton

Oubliez les pyjamas rayés et les boulets aux pieds : les frères Dalton n’ont des héros de Lucky Luke que le nom. Peut-être aussi un goût certain pour le hold-up auquel ils ne semblaient pas prédestinés… Récit de l’épopée des hors-la-loi les plus célèbres du Far West.

L‘histoire des Dalton commence comme celle de milliers d’autres familles du Vieil Ouest américain. Géniteur de quinze enfants, le père Dalton, tenancier de saloon à Kansas City, engloutit les recettes de son tripot en pariant sur des courses hippiques (il finira par laisser la maison familiale en gage). Son épouse Adeline élève admirablement sa grouillante marmaille sur des valeurs de travail, de vigueur et d’honnêteté – des principes qui s’imprimeront particulièrement bien dans l’esprit des deux aînés Dalton, diplômés de l’université McGee.

GAME ON. « Il n’y a ni loi, ni retenue dans ce chaudron bouillonnant de vice et de décadence » : la formule qui caractérise Abilene, au Texas, pourrait bien désigner la plupart des bourgades de l’Ouest américain.

Pour autant, la toile de fond du Far West est loin d’être reluisante. Dans cette deuxième moitié du XIXe siècle, l’Amérique est encore une mosaïque d’États où Indiens et Blancs cohabitent à la loi de la cartouchière… Et les débordements ne sont pas rares. Alcool frelaté, colts de contrebande et filles faciles constituent les principaux trophées de ce territoire jeune et aride, encore mal gouverné par la loi.

Des hommes de loi (si, si)

L’itinéraire des rejetons Dalton s’ouvre en adéquation avec une morale stricte teintée de piété religieuse. Une partie des enfants s’emploie, dans les années 1880, en tant que muletiers (conducteur de mules) en Californie. A travail honnête, salaire honnête – c’est avec cette maxime que Bill Dalton ouvre son ranch dans le sud de l’État, où une trajectoire brillante de politicien lui est promise. Frank Dalton, quant à lui, embrasse la carrière de marshal en territoire indien (actuel Oklahoma). Un poste à risques : en 1887, traquant avec son adjoint trois contrebandiers de whisky près de la frontière de l’Arkansas, il est abattu par l’un des criminels lorsque son revolver s’enraye.

La mort de Frank, figure d’autorité de la fratrie, pousse ses trois frères cadets Bob, Gratton et Emmett, à devenir à leur tour des hommes de loi. Ce, même si Gratton s’est déjà forgé une réputation de bagarreur dans les saloons du coin (on le dit « colérique, sensible aux défis et aux insultes, aigri depuis ses années d’école ») et que Bob est très porté sur la bouteille. Ils n’ont en effet pas l’intégrité de leur défunt aîné. Abusant de leur pouvoir pour traficoter avec les criminels, détroussant les négociants qu’ils sont censés arrêter, les frères se mettent à compléter leur pécule en volant des chevaux. Dénoncés, ils s’échappent à bord d’un train vers la Californie, où ils espèrent retrouver leurs autres frères… Restés, eux, fidèles à la loi. Peut-être pourront-ils s’y refaire une réputation honnête ?

Les 4 Mercenaires

C’est donc au ranch de Bill Dalton, dans le comté de San Luis Obispo, en Californie, que les frères se refont la cerise. Pour le moment, la rubrique des faits divers reste muette : les Dalton ponctuent seulement la conversation courroucée des barbiers ou des épiciers, car ils prennent l’habitude (fâcheuse) de perdre au poker, causant quelques rixes alcoolisées… C’est finalement en février 1891 que leur premier véritable fait d’armes a lieu. Dans la nuit du 6 février, un train de la Southern Pacific est braqué par deux hommes masqués près d’Alila ; sans doute Bob et Emmett, qui s’en vantèrent peu après… Si aucun argent n’est dérobé, le machiniste est abattu, ce qui précipite les hommes du shérif local sur leurs traces.

Mais leurs traces, justement, remontent à Bill qui, après avoir essayé de dissuader ses frères de braquer le train – Gratton aurait dû participer à l’attaque, mais il a perdu l’argent nécessaire à l’équipement de son cheval à une table de poker –, se retrouve complice de l’affaire. Étant malgré tout investi du sens de la famille, il dissimule Bob et Emmett dans son grenier. En février, le verdict tombe : l’attaque du train précipite les quatre frères – Bob, Gratton, Emmett et Bill – sur le banc des accusés. Les voilà désormais en sursis…

En cavale

Après avoir été brièvement incarcérés, Bill et Gratton quittent la Californie : le premier en limant les barreaux de sa cellule, le second en négociant sa libération. Quant à Bob et Emmett, préférant la sûreté des terres où ils ont grandi, ils dévalisent plusieurs trains en Oklahoma, recrutant leurs complices parmi des camarades d’enfance. Vols de bétail, braquages de trains, trafics d’alcool leur permettent enfin de mettre du beurre dans les épinards. A son tour, Bill vend son ranch et rentre en Oklahoma, où il supervise les hold-ups de ses frères, sans jamais y participer.

MISE A PRIX. De bas en haut : Bob, Emett et Grat Dalton. (Crédits photo via RareGoldNuggets / Wikipedia / Domaine public)

Mais l’appétit des bandits va grandissant : à mesure que leurs portraits s’affichent, surmontant des primes de plusieurs milliers de dollars, dans de nombreuses villes des comtés voisins, les frères Dalton sont à la recherche du coup qui pourra enfin les mettre à l’abri du besoin… En octobre 1892, ils planifient un assaut de taille à Coffeyville, la bourgade où ils ont grandi. Deux banques braquées en même temps. Du jamais vu. « Je pourrais battre Jesse James sur tous les points, et même dévaliser deux banques d’un seul coup, en plein jour » s’est toujours vanté Bob Dalton, le plus souvent un verre à la main…

Tuerie à Coffeyville

Le plan est ambitieux : dans cette ville moyenne du Kansas, deux banques se font face – la Condon & Company’s Bank et la First National Bank. L’objectif : ratisser les coffres au peigne fin sans tirer un seul coup de feu. Le 5 octobre, le plan est mis à exécution. Les frères n’ont pas été reconnaître les lieux, de peur d’être reconnus. Ils portent d’ailleurs de fausses barbes, mais cette précaution s’avère inutile : alors lorsqu’ils traversent tranquillement la rue, un homme les reconnaît et hurle « les Daltons cambriolent la banque ! » Le mot ne tarde pas à se répandre à travers la ville comme une traînée de poudre. Rien ne pouvait plus mal tourner.

HAUT LES MAINS ! La Condon Bank photographiée en 1890. (Crédit photo: Wikipedia/Domaine public)

Alarmé, le tenancier d’un magasin d’armes à feu se met à distribuer ses fusils aux citoyens de Coffeyville. Appelées en renfort, les autorités mitraillent les banques où la bande peine à faire ouvrir les coffres… Personne n’échappera à la tuerie. Se ruant à l’extérieur par les portes de service, les frères sont fauchés en enfourchant leurs montures (ironie de l’histoire, la rue où cela s’est produit porte aujourd’hui le nom funèbre de « Death Alley »). Gratton est abattu par un homme réfugié dans son écurie. Bob est cisaillé par le tir croisé en provenance du magasin, où les habitants tirent maintenant frénétiquement. Emmett, le cadet de la bande (21 ans), a le corps lardé de pas moins de vingt-trois coups de feu. Il survivra à ses blessures.

La fin des Dalton

Une poignée de minutes a suffi à faire exploser le Dalton Gang. Les deux cadavres des frères sont exposés et photographiés à côté d’officiers souriants. Rétabli quelques semaines plus tard, Emmett sera jugé puis envoyé croupir au pénitencier d’État du Kansas, dont il sera relâché quatorze ans plus tard pour bonne conduite. Il finira ses jours à Hollywood en tant qu’acteur et scénariste (de western, peut-être ?), où ses connaissances du milieu du grand banditisme lui seront très utiles.

SUR LE CARREAU. Le gang Dalton pose pour l’éternité : de gauche à droite, Bill Power, Bob Dalton, Grat Dalton, Dick Broadwell. (Photo: Wikipedia/Domaine public)

Quant aux deux derniers membres restants de la fratrie, Bill et Lit Dalton, le premier formera son propre gang – il sera tué en juin 1894 après un énième braquage – tandis que le second, dégoûté par les ambitions criminelles de ses frères, restera toujours fidèle à la loi. Il s’éteindra d’ailleurs en 1942. Sans doute avait-il compris, à la différence de ses frangins, qu’on survit plus longtemps sans vouloir tirer plus vite que son ombre.


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Bibliographie

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